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Vermillon(s) et cinabre  

 

 

 

Le vermillon et le cinabre authentiques sont des pigments mais aussi des poisons.

L'histoire du vermillon est liée à celle du cinabre dont la composition est similaire (sulfure de mercure naturel HgS, minerai du mercure), mais aussi à celle du minium (à base l'oxyde de plomb, objet d'un article séparé), car dès la Rome antique il y a eu confusion linguistique entre cinabre et minium, tous deux intitulés "minium". Cette confusion s'est prolongée durant le Moyen-âge ou le terme cinabre a à son tour désigné différents rouges.

Sur le fond, le vermillon se situerait plutôt dans la " famille des cinabres" et le minium dans celle, tout aussi sinistre, des pigments au plomb. Toutes ces substances sont toxiques.

Sommaire

Présentation

Naissance du vermillon

Caractéristiques

Le malfaiteur démasqué

Substituts

Type de toxicité

Le cinabre a probablement été utilisé très tôt en Grèce, en Égypte (Fayoum), en Inde et en Chine ("vermillon de Chine"), puis à l'époque romaine, comme en attestent les fresques de Pompéi. Il était fort coûteux, donc objet de trafics et pratiques délictueuses de la part de certains peintres.

En Occident, il fut interdit au XIXème siècle à cause de sa toxicité.

Lecture conseillée : Le cinabre sur Pourpre.com

 

Présentation

 

Attention les yeux ! D'un point de vue plastique, le cinabre et le vermillon sont extrêmement lumineux dans un premier temps mais s'avèreraient fugaces (ils noirciraient en présence de lumière), bien que ce point précis reste bizarrement sujet à polémique, certains textes prétendant le contraire. Cela est peut-être dû au fait que ces produits ont souvent été mélangés à d'autres colorants.

Au Moyen-âge, en Orient, les plus importants documents étaient signés avec une encre à base de cinabre (à Byzance, l'empereur seul pouvait l'employer) tandis qu'en Occident (certaines sources évoquent le XIIIème siècle, d'autres le XIIème) certaines enluminures étaient réalisées à l'aide d'une encre à base de cinabre et de sanguine. Les artistes de l'époque prenaient soin d'isoler cette substance trop réactive aux autres pigments à l'aide de vernis et de la protéger des rayons solaires en posant par-dessus des glacis (garance). Curieusement, différentes recettes médiévales évoquent souvent l'adjonction assez dégoûtante de cérumen.

 

Naissance du vermillon actuel

 

L'étymologie du mot vermillon provient du ver (vermilium = petit ver). Voir carmin de cochenille, kermès. Il désigne alors très probablement des pigments rouges n'ayant guère de rapports avec le cinabre. Le lien avec ce dernier semble se faire en 1687, lorsqu'un nouveau pigment est créé (Schulte), faisant référence et nommé "vermillon", cette fois en référence au vermeil, dit-on. Le terme "vermillon de cinabre" est parfois employé, en principe pour préciser que l'on parle d'une version au mercure.

Il était récupéré sur les parois d'un pot d'argile empli de soufre et de mercure et chauffé. Il s'agissait donc d'un gaz condensé, le sulfure de mercure. Rien de chimiquement différent du cinabre si ce n'est que le vermillon était produit artificiellement alors que le cinabre était disponible à l'état naturel (extrait de parois rocheuses en Espagne à Almaden, également en Italie, en Algérie, notamment à Ferdjioua et l'on nous signale aussi sa présence à Madagascar, information non-confirmée). Dans les deux cas - extraction naturelle ou synthèse, cinabre ou vermillon -, coûtait cher.

 

Caractéristiques

Lecture conseillée : Le vermillon sur Pourpre.com

 

Le vermillon authentique et le cinabre sont incompatibles avec le plomb, principal siccatif de la peinture à l'huile, car ils contiennent du soufre. De plus, ils seraient aussi réactifs, selon certaines sources non confirmées, aux émanations sulfureuses et/ou à certaines conditions atmosphériques, sans parler de l'effet de la lumière : ils virent au noir.

 

Le vermillon peut être préparé par voie sèche (85 parts de mercure pour 15 parts de soufre) ou par voie humide, donnant de meilleurs résultats. Dans ce mode de fabrication (peut-être encore employé en Chine), le mélange de base, brun au départ, est constitué de soufre, de mercure, de soude et de potasse que l'on réchauffe.

Chromatiquement parlant, le vermillon se décline : dans certaines gammes de couleurs, il est franchement orangé. Une teinte "rouge vermillon" un peu plus rouge est alors proposée. Il existe aussi un vermillon de France et un vermillon de Chine.

En Chine, encore aujourd'hui dit-on (information non confirmée), on produirait un vermillon en mélangeant à feu doux du soufre et du mercure (voir ci-dessus préparation par voie sèche). Le vermillon de Chine commun que l'on peut trouver en France, imitation de couleur bizarrement rosâtre, n'a probablement qu'un très lointain rapport avec le véritable produit.

 

Un vert cinabre est disponible dans le commerce. Il n'est pas annoncé comme toxique. Il s'agit probablement - espérons-le - de l'imitation d'une version de cinabre dont le mercure se trouverait dans un autre état, associé à un autre élément que le soufre.

 

Le malfaiteur démasqué

 

Comme la céruse, le cinabre/vermillon ressemble un peu à un malfaiteur changeant de nom, entretenant un flou sur son identité.

Utilisés en peinture à l'huile (malgré les incompatibilités), en aquarelle et en gouache, ces redoutables poisons ne disparaîtront que petit à petit au début du XXème siècle. De nos jours encore, un cinabre portant l'étiquette "TOXIQUE", dont nous ignorons la composition, se vend dans les magasins. Il s'agit d'une gouache extra-fine de marque réputée. Nous déconseillons fortement l'emploi de ce produit.

L'usage de cinabre/vermillon ou de produits apparentés perdurerait aussi dans certaines régions d'Extrême Orient. 

 

Substituts

 

Le rouge de cadmium clair authentique est un substitut intéressant : il est stable, couvrant et bien moins toxique quoique légèrement polluant en grande quantité. Certaines imitations du vermillon en sont pourvues. Les autres, plus transparentes, sont azoïques. Voir Imitations.

Voir laques anciennes.

 

Type de toxicité

 

Le vermillon de cinabre serait modérément toxique par contact cutané et radicalement toxique par ingestion ou inhalation. Le mercure agirait sur le foie et le système nerveux.

 

Voir aussi Minium.

 

 

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