Les
pigments,
les couleurs
English
text

Visite
recommandée :
Chroma sur Pourpre.com
Introduction
Qu'il le sache ou non, l'artiste qui manipule des couleurs utilise des
pigments. Disons pour faire court que ceux-ci
ne sont rien d'autre que de la matière en poudre très fine ayant un
pouvoir colorant intrinsèque. Bien que tous les colorants ne soient pas
pigmentaires, les pigments représentent l'immense majorité des colorants.
Pour être utilisés, ils doivent être mêlés à un liant
("mouillés par un liant", disent les chimistes),
formant ainsi une peinture ou ce que l'on appelle un "colorant". Le
liant ne se contente pas de mouiller le pigment : il tisse autour de lui
au séchage un réseau fibreux ou cristallin. C'est ce que l'on nomme la
réticulation.
Lors de ce mélange du pigment avec le
liant, nous sommes parfois déçus par l'assombrissement de la couleur. Il est presque
impossible de garder intacte la teinte originelle et l'aspect pulvérulent du
pigment.
"Presque impossible" parce que le seul moyen d'y parvenir serait
de l'exposer nu, sans protection, ce qui poserait d'insolubles problèmes de conservation. La
fixation altère également l'aspect et la
couleur du pigment. Quelques plasticiens ont contourné la difficulté en
photographiant leurs compositions effectuées avec le pigment pur.
Bien que certains
pastellistes qui ne "fixent" pas leurs travaux s'approchent de la
perfection (le pastel sec est
particulièrement chargé de pigment), il n'existe pas, pour le moment, de
véritable solution à ce problème.
|

Introduction
-
Pourpre.com et Dotapea : une complémentarité dans le traitement du thème de la
couleur
La
finesse de la pulvérisation, facteur essentiel
Facteur couvrant
Facteur colorant
Permanence
Floculation
Pouvoir d'absorption et pouvoir
siccatif
Stabilité/miscibilité/compatibilité
Brillance
Toxicité
Un pigment n'est pas une
couleur
- Le phénomène
physique (spectre)
- Le
phénomène cognitif
- Les illusions (page sur Pourpre.com)
- Le
phénomène imaginaire et culturel
Variabilité de la
composition et de la couleur d'un pigment
|
Ne nous lamentons pas : lier le
pigment, fabriquer la couleur, c'est découvrir une nouvelle beauté, de nouvelles
caractéristiques picturales d'une richesse inouïe notamment sur le plan
plastique. Voir
un
pigment n'est pas une couleur.
Toute personne cherchant des
informations sur les couleurs à proprement parler, c'est-à-dire les
noms et les caractéristiques scientifiques des couleurs et non des
seuls pigments, est invité à visiter l'excellent
pourpre.com.
Voir particulièrement
La
couleur expliquée,
les nuanciers
et aussi d'étonnantes
curiosités. Le versant linguistique est également passionnant. Le
thème est largement abordé dans la section "La
couleur et la langue".
La
finesse de la pulvérisation, facteur essentiel
Xavier de Langlais l'affirme à juste titre : plus un pigment
est broyé finement, plus il est couvrant et colorant. Une poudre très fine
oblige en effet la lumière à employer une infinité de trajectoires qui
empêchent toute transition de celle-ci dans les couches inférieures, donnant
à la couleur un grand impact visuel, très enrichi - voire saturé.
N'importe quel pigment peut voir ses propriétés se
transfigurer sous la seule influence d'un broyage plus ou moins fin.
Aujourd'hui, tous les pigments sont broyés très finement
grâce à l'évolution de la technique industrielle.
Et pourtant, les grands maîtres flamands et vénitiens
n'ont-ils pas considéré la transparence comme une vertu, largement mise à
profit dans leurs oeuvres inégalées ?
Et un smalt, un lapis
lazuli, une malachite, une turquoise
ne sont-ils pas plus beaux lorsqu'ils sont "mal broyés" ?
La "perfection du broyage" évoquée par le grand
maître armoricain consiste-t-elle vraiment en une finesse infinitésimale, ou
bien en une bonne adéquation à "l'intention picturale" de l'artiste
?
Prenons le pigment pour la perfection... qu'il est ! C'est l'un des
rôles de l'artiste de savoir regarder, soit en l'occurrence de savoir découvrir la remarquable
réalité d'un pigment qui pourrait sembler imparfait selon des critères
finalement très marqués par l'évolution ponctuelle des techniques et des
goûts.
Facteur couvrant (opposé : transparence)
Le terme "couvrant" provient probablement de la
peinture décorative. Une question récurrente dans ce domaine est en effet de
savoir quelle surface une peinture ou un enduit peut "couvrir".
Une substance colorée "couvre" une surface d'autant
plus importante qu'elle est opaque (notamment parce qu'il y a toujours des
moyens de la diluer ou de lui adjoindre des
charges incolores). Ainsi, le terme "couvrant" s'est
substitué, y compris en peinture artistique, au terme "opaque".
Plusieurs facteurs déterminent le caractère couvrant d'une
peinture :
* la finesse du broyage (voir
ci-dessus),
* l'opacité intrinsèque du
pigment, qui est déterminée avant tout par sa nature à l'échelle de
l'organisation moléculaire, mais aussi par la finesse du broyage. La
nature physique, organique ou inorganique, est essentielle avant tout parce
qu'elle est très variable d'un pigment à l'autre. En termes de tendances, les pigments organiques (carbures
synthétiques, végétaux ou animaux) sont généralement assez transparents
alors que les inorganiques (minéraux) sont souvent opaques.
Voir Organiques vs inorganiques.
* la manière dont le liant
enrobe le pigment. Cela est directement déterminant lorsqu'il s'agit de liants
minéraux. La blancheur "couvrante" d'un plâtre employé comme liant est
radicalement différente de ce que l'on peut obtenir avec de la chaux. Quant aux
liants organiques, de loin les plus courants, ils peuvent autoriser diverses
épaisseurs, ce qui n'est pas sans conséquences sur l'aspect opaque ou
transparent du résultat final.
* l'état de la pâte est aussi
très déterminant et ce n'est pas une chose que l'on peut se permettre d'oublier.
Certains liants sont blancs et opaques lorsqu'ils sont frais et transparents à
sec. D'autres accentuent la transparence lorsqu'ils sont frais.
Il existe aussi quelques "tricheries" qui permettent de
mesurer à quel point le "facteur couvrant" est un enjeu important. Certaines
peintures dites couvrantes comme la gouache n'étaient
autres initialement que des peintures habituelles auxquelles on avait ajouté un
pigment blanc afin d'en augmenter la réfraction. A l'inverse, certaines couleurs
à l'huile intitulées "laques" sont des pigments couvrants adjoints de
charges incolores.
Si le liant et les adjuvants peuvent jouer un rôle sur le
caractère couvrant d'une peinture, les propriétés des pigments dominent
nettement, à tel point que des pigments couvrants et des charges sont parfois
employés pour modifier cet aspect essentiel de la couche picturale.
Facteur colorant
Couvrant ou transparent, un pigment est susceptible de teinter
plus ou moins ce qui l'entoure. Cette capacité prend tout son intérêt lors de
l'adjonction à la pâte de substances incolores (médiums, charges).
Le "facteur colorant" n'est pas un caractère très sensible a
priori car il est souvent masqué par le "facteur couvrant". On a généralement du
mal à se représenter en quoi un pigment est plus colorant qu'un autre tant que
l'on ne s'est pas trouvé en présence de variétés très colorantes comme
certains oxydes de fer notamment. Et
là... la surprise est de taille.
Permanence
(fixité, solidité, tenue à la lumière)
Faculté qu'a un pigment de conserver longtemps ses propriétés :
intensité, vivacité et justesse de la couleur, fonction couvrante, etc. C'est l'exposition à
la lumière qui est considérée globalement comme le plus important facteur d'altération. La
lumière solaire directe est rarement conseillée mais il faut signaler que
certains pigments minéraux (notamment les terres)
lui résistent fort bien.
Le cas particulier des matières photoluminescentes est traité
séparément sur ce site. Cliquer ici.
Par analogie avec les substances tinctoriale, la permanence
est parfois nommée le teint.
Aptitude à la floculation (granulation)
Cette propriété est importante pour l'aquarelle notamment. Elle
n'est pas négligeable en ce qui concerne les peintures fortement diluées,
quelles qu'elles soient. Elle n'est
d'ailleurs pas sans importance pour d'autres
matières utilisées en arts plastiques (voir barbotine).
Les pigments à base de terres,
particulièrement, sont réputés pour leur tendance à s'agglomérer en
granules, en flocons. Sous l'action du séchage, ces agglomérats se déposent
dans les creux, colorant les surfaces peintes d'une manière hétérogène, marquant
le relief du support.
Ainsi, un support choisi pour son grain tirera bénéfice de la
floculation du piment apposé.
Certains fabricants d'aquarelles extra-fines affichent sur
leurs nuanciers un indice permettant de repérer les couleurs ayant ce pouvoir.
Pour les cas - très rares - où ce phénomène est radicalement à
éviter, il semblerait recommandé, lors du choix du pigment, de porter une grande
opération à l'opération de mouillage. Une
molette pigmentaire peut être utilisée.
Dans d'autres domaines - incluant l'industrie -, un
défloculant est un produit permettant d'accentuer l'homogénéité d'un
mélange, d'une émulsion.
Pouvoir d'absorption et pouvoir siccatif
Nous l'avons testé pour vous : rien de tel que de parler à
un chimiste de "siccativité d'un pigment"
pour le voir esquisser un sourire amusé.
Certains enseignants, certains ouvrages pédagogiques, certains peintres, font effectivement - comme
tout le monde, très naturellement - une confusion entre
capacité d'absorption et aptitude au séchage
ou à la siccativation.
... et ce chimiste moqueur n'a pas tort : un pigment pur est solide. Il ne peut ni sécher ni
siccativer. Il peut se combiner
plus ou moins rapidement avec tel ou tel liant en fonction de sa propre aptitude à
entrer en solution, à absorber. C'est
essentiel. Par la suite, c'est le liant qui sèche,
aidé ou non par le pigment. Celui-ci joue un rôle de siccatif
seulement s'il contient un véritable élément siccatif pour le liant utilisé, ce qui n'est pas
si courant.
Un pigment siccatif pour l'huile n'est pas forcément absorbant et n'accélère
pas le séchage d' un autre liant. La faculté d'absorption d'un pigment
est une propriété différente de la siccativité. La confusion concerne principalement la peinture à l'huile
car les autres procédés permettent d'obtenir beaucoup plus rapidement une
solidification sans qu'il soit question de
siccativation.
Concernant la siccativité
indépendamment
du pouvoir absorbant, de nombreux auteurs annoncent peut
être un peu trop jovialement "l'excellente siccativité" de tel ou tel pigment ou au
contraire "l'exécrable siccativité" de tel
autre (quelquefois avec une animosité surprenante - cela sent l'expérience
vécue !). Or, il ne
s'agit, dans les deux cas, ni de qualités ni de défauts. Un pigment contenant
une quantité non négligeable d'éléments siccatifs crée le même danger potentiel qu'un pigment neutre
: la
véritable menace est surtout un trop grand "différentiel de siccativation"
lorsque sont mises en contact des couches contenant des pigments n'ayant pas les mêmes propriétés.
C'est
en premier lieu ce
"différentiel" qui crée des accidents : plissements, craquelures, embus
irréductibles,
etc.
Il est cependant parfaitement vrai que les pigments contenant un élément
particulièrement siccatif (oxydes de manganèse, de cobalt) peuvent aussi engendrer des phénomènes mécaniques gênants lorsqu'ils sont employés
seuls, surtout en pâte épaisse.
Ainsi, le bleu de manganèse, par exemple, n'est pratiquement jamais utilisé en
peinture à l'huile.
Curieusement, une bonne
partie des pigments peu couvrants (laques, terre verte,
etc.) ont la réputation
- le plus souvent erronée - d'être
peu "siccatifs". Voila une troublante coïncidence ! Ce problème de siccativité
n'est-il pas lié à une erreur au liage causé par une forte transparence
intrinsèque dont on n'a pas su tenir compte ?
Une évidence apparaît lorsque nous explorons le monde pigmentaire, une évidence qui marque
notre ligne éditoriale : c'est le peintre qui doit
s'adapter aux propriétés des pigments et non le contraire
car les couleurs
ne sont jamais sans défauts pour certaines utilisations et les solutions alternatives ne
sont pas innombrables. Le terme même de "pigment ou colorant douteux" n'a pas de
sens.
Stabilité dans les mélanges (miscibilité) :
compatibilités et incompatibilités
a) Plomb et soufre
D'abord, il faut rappeler que le plomb
est un métal lourd qui n'est pas anodin pour le vivant.
En peinture et dans d'autres domaines proches, c'est l'incompatibilité entre soufre et plomb qui est de loin
la plus notoire, particulièrement dans le procédé à l'huile où le
recours au plomb est encore pratiqué. La mise en présence de ces deux éléments provoque
un noircissement très important.
Les fabricants de peinture en tubes ou de gammes de pigments veillent généralement à éviter cette
rencontre. Ils y parviennent par trois moyens :

* supprimer les deux composants (rare)
* supprimer l'un des composants (courant)
*
éliminer l'excédent de soufre libre, non moléculaire.
Ainsi, si le plomb a heureusement disparu des tubes et pots de pigments (sauf
le blanc d'argent, encore disponible sous certaines
enseignes, voir photo), le soufre est encore très présent. Ce dernier est avant tout un
"adjuvant" (en fait un composant)
indispensable pour le cadmium et les blancs
naturels, mais aussi l'outremer et de nombreuses
autres couleurs-clés. Difficile de s'en passer !
Certains fabricants de produits de haute qualité ont
distingué leurs pigments en groupes : un groupe miscible au plomb et un groupe
de couleurs miscibles entre elles.
Utiliser un pigment sulfuré ne pose guère de problèmes en soi mais en peinture à l'huile, cela
en pose un de taille : le meilleur
siccatif n'est autre que l'oxyde de plomb !
Courtrai blanc ou brun, flamands, Harlem,
"huiles cuites", siccatifs "classiques" et litharges peuvent
être incompatibles avec les pigments
sulfurés lorsque ceux-ci ne sont pas suffisamment "lavés" de leur soufre non
moléculaire.
Pour cette raison, tous les éléments recelant du soufre sont marqués dans
notre site du signe suivant :

Les substances contenant du plomb sont accompagnées de l'image
suivante :

ATTENTION :
ce n'est pas parce qu'une matière contient du soufre qu'il y a forcément risque
de réaction. Le soufre libre, sorte de déchet des préparations incomplètes, est
autrement plus fauteur d'interactions que le soufre moléculaire. Sans
comparaison, c'est indéniable. Mais nous parlons là de phénomènes qui se
déroulent à une échelle "probabiliste", en liaison notamment à
l'électronégativité des atomes en présence, qui
détermine en partie la solidité des liens. Il arrive que certains corps se
"cassent", en présence de chaleur notamment. Ne soyons pas alarmistes : seuls
des corps complexes (par exemple les polysulfides),
souvent plus fragiles, sont véritablement concernés mais pas en tant que
pigments, plutôt comme supports - rares.
Autrement dit, notre avertissement vaut non pas univoquement mais
principalement pour le cas précis des pigments
insuffisamment
préparés, par exemple les vieux pots de cadmium. Les techniques de
préparation semblent avoir évolué dans le bon sens. Cependant, il demeure une
méfiance (y compris chez certains fabricants,
voir ci-dessus) et nous ne sommes pas du tout en mesure d'opposer
davantage d'arguments à celle-ci pour le moment.
Pour réduire cette méfiance, nous pensons que les fabricants de produits de
qualité auraient sans doute intérêt à communiquer davantage à ce sujet à l'aide
d'arguments scientifiques et/ou historiques relativement détaillés à l'intention
du public - qui d'ailleurs apprécie toujours, à juste titre, que l'on
s'intéresse à lui.
Certains auteurs prétendent que le chrome pose le même problème que le
plomb : il serait incompatible avec le soufre. En réalité les pigments jaunes
et orangés chromés -
aujourd'hui rares car avérés toxiques et même très toxiques sous une certaine
forme - étaient associés à du plomb. Les chromates de plomb
noircissaient donc effectivement au contact du soufre, mais pas par la faute du
chrome (hypothèse non confirmée).
Ce dernier reste finalement très présent sur les palettes sous des formes
sans danger : vert
oxyde de chrome, vert
émeraude.
Il semble par contre que le vert
Véronèse authentique, pourtant composé d'arséniate de cuivre - donc ni
de plomb ni de soufre - et heureusement introuvable aujourd'hui, est vraiment réactif au
soufre, voire même au plomb selon certaines sources. Cet épouvantable poison a cédé la place à des
imitations
moins malsaines et plus stables.
b)
Pigments trop alcalins et peintures grasses
Le liant d'une peinture grasse est un
ester d'acide gras. L'emploi de pigments
alcalins comme les
terres blanches avec un liant tel qu'une huile à peindre peut provoquer une
saponification. Cela se traduit généralement
par un brunissement qui s'accentue au fil des années.
Brillance
Les pigments sont en eux-mêmes plus ou moins brillants,
indépendamment de l'aspect que leur confèrent les liants
et les médiums, capables de modifier considérablement
ces caractéristiques.
Dans l'ensemble, les pigments organiques sont brillants et les
inorganiques, mats.
Certains pigments généralement synthétiques sont littéralement
"dédiés à la brillance" : les pigments
interférentiels ou iridescents et les pigments
métalliques.
Toxicité, précautions
Les pigments ne sont pas tous des produits
anodins. La réglementation en matière d'obligation, pour les fabricants, de
faire apparaître un pictogramme d'avertissement, est fluctuante en France.
Certaines marques nord-américaines portent le health label, qui ne peut
être attribué que moyennant finance, ce qui n'implique a priori ni une
garantie d'impartialité ni le contraire.
Nous conseillons à nos lecteurs européens de tenir compte (ni
plus, ni moins) de tout avertissement, dans l'attente d'une réglementation
claire durablement établie dans l'ensemble de l'Union Européenne. Dans les cas
des autres pays francophones et des autres pays non francophones non européens,
nous ne sommes malheureusement pas en mesure de nous prononcer à ce jour, mais
toute information sera bienvenue.
Certains pigments arborent des pictogrammes.

Les pigments toxiques (pictogramme
ci-contre). Ils sont hautement dangereux. Il vaut mieux les
acheter sous forme liquide ou semi-liquide et éviter tout type de contact. Le port de masques
adaptés, de gants et d'autres matériaux de protection s'avère nécessaire
dans la plupart des cas. Il est vivement conseillé de s'informer des
mesures à prendre auprès des services spécialisés (voir Art,
sécurité, pollution).

Les pigments nocifs - voir pictogramme
ci-contre. Ils doivent être manipulés et stockés avec quelques
précautions élémentaires : travailler dans le calme,
tenir loin du visage les pots de pigments ouverts, ne les ouvrir que recouverts
d'un plastique transparent ou d'un papier empêchant la poudre de se répandre dans l'air lors
des quelques secondes qui suivent cette opération, les fermer dès que
possible, se laver les mains souvent, éviter tout contact
cutané durable avec ces produits, les stocker hors de portée des enfants et des
animaux.
Pas de panique
:
ces produits, contrairement aux pigments toxiques, n'ont une
action pathogène que dans le cadre d'un usage répété dans de
mauvaises conditions ou bien dans le cas d'une inhalation massive ou d'une
ingestion.
Références centres antipoison (espace francophone) :
cliquer ici.
Un pigment n'est pas une couleur

Les considérations chimiques et physiques évoqués ci-dessus nous
rappellent une chose essentielle : un pigment n'est pas une couleur.
C'est une matière. Sa composition est plus ou moins précisément définie.
Très souvent, en réfléchissant une lumière, elle en absorbe une partie qui
devient ce que nous nommons "sa couleur". Fait tout aussi
déterminant, celle-ci est altérée à la fois par le type de source(s) de
lumière et par l'environnement : liants, adjuvants, support
et bien sûr éclairage et atmosphère. Et ne parlons même pas de l'oeil de
l'observateur (cf.
L'oeil et
Observer sur
Pourpre.com), qui est l'autre moitié du phénomène.
On en vient donc naturellement à se demander ce qu'est une couleur.
Une lumière qui nous parvient est caractérisée par ce que les
physiciens nomment un spectre
(voir photo ci-contre - remerciements à Alain
Klotz). Le spectre, c'est, parmi l'ensemble des rayons
lumineux de toutes les longueurs d'onde possibles, ceux qui
parviennent réellement à nos yeux, réparties en raies, c'est à dire en
fréquences. Le bleu occupe telles fréquences, le jaune telles
autres, etc. Certaines "raies" peuvent être émises (raies
d'émission), d'autres figurent l'absorption de la lumière émise (raies d'absorption
- lire notamment le chapitre XII des Dialogues de Dotapea sur
Le jaunissement). Chaque
raie est représentative de la présence et de l'état d'un élément ou d'un
ensemble d'atomes dans le champ visé.
Pour un corps donné, certains rayonnements peuvent soit ne pas avoir été émis, soit ne pas avoir été
réfléchis, soit avoir été absorbés. De plus,
il faut tenir compte de l'intensité du rayonnement pour chaque longueur d'onde
(voir par exemple diagramme in Le
corps noir) et ceci pour
chaque phénomène : réverbération, absorption, émission.
L'approche purement
physique est donc plutôt centrée sur le rayonnement. Elle décrit essentiellement
les couleurs en termes de raies d'émission, de raies d'absorption et
d'intensité du rayonnement pour chaque raie - "point de vue" qui ne
peut être ignoré car il décrit une réalité concrète.
Cependant, dans le contexte des arts plastiques comme dans la vie courante,
la couleur prend davantage le sens de phénomène cognitif. Sur la base
des impulsions électriques provoquées par une bouffée de photons percutant la
rétine, nos neurones peuvent interpréter le monde : "je devine"
qu'entre le pigment et moi il y a un air brumeux, je devine l'heure qu'il est et
la saison en fonction des couleurs que j'observe, mais je devine aussi les émotions d'un
être vivant, la passion d'un peintre, etc. Quelquefois aussi, "je me
laisse berner" par de pures illusions. Lire
Les
illusions in Pourpre.com.
La couleur est certainement, à notre sens humain, un
phénomène
principalement "imaginaire".
De cette dimension imaginaire sont nées toutes sortes de
tabous, de "peurs bleues",
de connotations et de préférences imbriquées dans des
dimensions
culturelles ancrées notamment dans la langue (lire
Des couleurs sur
la langue in Pourpre.com). Il en va de même pour les pigments. A ce
point de vue, le statut des pigments est souvent associé directement à celui
des couleurs, mais des exceptions ont existé. Par exemple, la pourpre succéda
probablement au safran pour des raisons religieuses ou politiques associées au
coût exceptionnel de ces deux substances en plus des symboliques de leurs
teintes. En Inde, certains colorants précis ne devaient pas être touchés
tandis que d'autres, comme le curcuma notamment, continuent aujourd'hui à
porter bonheur. Le lapis-lazuli survécut à une certaine phobie occidentale du
bleu car il avait une valeur intrinsèque. Il existe certainement d'autres
exemples car l'être humain n'a jamais pu ignorer intégralement - même dans
l'intégrisme - la dimension matérielle du pigment.
Variabilité de la composition et de la couleur
d'un pigment
Un pigment n'est vraiment pas une couleur. En peinture décorative, une pratique est assez courante : mélanger les pots
de peinture ou de pigments d'une même couleur pour obtenir un maximum
d'homogénéité. C'est dire à quel point un pigment ne correspond que de manière
statistique à une couleur. Les peintres décorateurs savent bien que de multiples facteurs intervenant
sur le lieu d'extraction, d'apuration ou de synthèse peuvent
donner lieu à des produits, donc à des couleurs sensiblement différentes.
Une expérience édifiante consiste à comparer deux tubes ou deux pots de
pigments censés être de la même couleur.
Dans une certaine mesure, les écarts ne sont pas des défauts, surtout en ce
qui concerne les pigments minéraux. Les fabricants ont les limites que la
nature impose : les gisements sont ce qu'ils sont et c'est au peintre, artiste
ou décorateur, qu'appartient la tâche de gérer les différences de
composition avec tout ce que cela induit en termes de couleurs, de siccativité,
de pouvoir absorbant, etc.
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