
La pierre noire,
minéral naturel de composition chimique similaire à la mine de crayon actuelle
(donc chargée d'une quantité importante de silice), a probablement été utilisée
très antérieurement. On ne peut donc pas affirmer que le graphite était
intégralement un nouveau venu dans l'univers pictural.
Le graphite a cependant détrôné la mine de plomb
véritable et la pointe d'argent. Lire l'article du
glossaire consacré à la plombagine.
La mine de plomb était bien répandue depuis le XVème et le
demeura jusqu'au XIXème. Elle était constituée d'un alliage nocif d’étain
(1/3) et de plomb (2/3). Sa tendreté a fait son succès jusqu'à ce que le
graphite démontre les mêmes capacités. La mine de plomb actuellement
disponible dans le commerce (en haut sur la photo) est - heureusement - constituée de
graphite.
Utilisé pur, celui-ci est trop friable. Il a donc été progressivement
renforcé par des bouts de bois dont la forme se perfectionna progressivement. C'est ainsi que le
crayon apparut et évolua. Le bois de cèdre est réputé le meilleur
(information livrée sous réserve de confirmation). A l'époque, la mine de plomb et la
pointe d'argent (largement utilisée par Raphaël, Vinci, Fouquet, Van Eyck,
Holbein ou Dürer) sont les principaux instruments dédiés à l'esquisse. Le
crayon demeurera réputé surtout utile pour ce type de travaux, bien que de très
grands maîtres comme Prud'hon ou Ingres réaliseront des chefs d'œuvres d'une
grande complexité picturale à
l'aide de cet outil très simple.
Les esquisses, croquis et dessins étaient
très souvent réalisés sur des
papiers de couleur et rehaussés de blanc.
En 1659, un premier "fabricant de crayons" apparaît dans les archives de
Nuremberg.
Kaspar Faber produit au milieu du XVIIIème siècle une
"gaine de bois" encore rudimentaire. En 1795, un mélange de graphite
et d'argile apparaît simultanément en Autriche (Hartmuth) et en France (Nicolas
Conté).
A ce moment, le procédé de fabrication est le suivant :
réduire le
graphite en poudre et l'incorporer à de l'argile, mettre le résultat du
mélange en forme de bâtonnets puis cuire à haute température.
Selon nos informations, aujourd'hui encore, les secrets de fabrication
résident principalement dans les
paliers de cuisson.
Lothar Faber crée, autour de 1839, les graduations de type H, 2H, 3H, etc.,
et HB, B, 2B, etc., en liaison directe avec la proportion d'argile : plus
celle-ci est importante, plus la mine porte du côté "H", devient
dure et est désignée comme "sèche" ou "maigre".
Cette
classification est conforme au concept du "gras"
: l'argile est une charge (maigre), le graphite joue simultanément le rôle de liant
(gras) et
de pigment.
En principe, les crayons dits "gras" s'effacent plus aisément dans
la mesure où ils laissent moins
de marques, de rayures sur le papier. Ils sont cependant parfois assez tenaces
pour laisser des traces irréversibles.
Le crayon sec ressemble très fortement à la pointe d'argent très utilisée
auparavant.
Un peu plus récemment, les fabricants ont adjoint de la cire au mélange
graphite+argile.
C'est le même Lothar Faber qui crée le crayon hexagonal. Il exploite déjà
des mines de graphite situées en Sibérie (Irkoutsk,1856). Il
impose sa marque sur chaque crayon et en normalise la taille : 17,5 cm (une
norme qui demeurera).
Naissance
des différents crayons de couleurs
et destinée des graduations H et B

Autour de 1900 apparaît la fabrication en masse de crayons de couleur
(généralement à base de cires, d'huiles peu saturées
et de pigments, déclinés en un nombre vertigineux
de couleurs car
le mélange est malaisé). Parallèlement, les gammes de crayons au graphite s'étendent du 8B au 8H, graduation qui demeurera
référentielle. Progressivement, les "cires" solubles à l'eau
apparaissent et avec elles, les
crayons
aquarellables (voir photo ci-dessous : un exemple de crayons
aquarellables très connus), dont on dissout le trait
d'un seul coup de pinceau, contrairement aux sanguines
classiques à la gomme
arabique qui nécessitent une préparation plus longue. Par la suite, aucune
invention majeure ne surviendra.
Le crayon-pastel (dit à tort crayon-fusain) doit aussi être mentionné. Il ne s'agit, ni plus
ni moins, que d'un pastel sec très fin entouré de bois. Il apporte ce qui,
peut-être, manque aux "craies" de pastel : une précision disponible
instantanément, à l'aide d'un banal taille-crayons.

Mines
et porte-mines
La formule "crayon" n'a pas totalement détrôné la formule
"mine + porte-mine". Différents fabricants proposent ces deux
produits. L'utilisation du porte-mine remonterait à celle de la pointe
d'argent, c'est à dire qu'elle serait fort ancienne.
Voir graphite (outil).
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