Le
bois comme support
Pour
le moment, Dotapea n'est pas en mesure d'évoquer le bois en tant que
substrat dans le contexte de la sculpture et des installations. Cet
article est donc pour l'instant exclusivement consacré au bois en tant que
support de la peinture.
Le bois a été le support favori des peintres avant
la généralisation de l'usage de la toile.
Certains états d'Europe du Nord contrôlaient la fabrication du bois à peindre.
Des corporations de menuisiers appliquaient leurs marques sur les bois, comme
aujourd'hui les fabricants de papiers.
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Sommaire
Quel bois ?
Un
bois sous quelle forme ?
Le
panneau massif
Le
contreplaqué
Le
latté
L'aggloméré
L'Isorel
®
Le "médium" MDF
Conclusion |

Cennino Cennini préconisait
deux essences : le tilleul et le saule. De fait, le tilleul a été utilisé comme
support d'antiques portraits du Fayoum (exemple ci-contre -
lire passage in Les cires utilisées comme
liants), dont la conservation est
exceptionnelle.
Vinci, entre autres maîtres, conseillait l'assemblage des plaques et le
contre-collage. De fait, avant et après lui, cette pratique s'est imposée et a
fait ses preuves. Ce choix pourrait finalement s'avérer au moins aussi important que
celui de l'essence. Bien ajustées, plaques et lattes semblent en effet
équilibrer leur tensions.
Une distinction a été faite depuis longtemps entre
deux types de bois :
* le bois dit
tendre - en fait pas forcément tendre -, c'est-à-dire celui des conifères
* le bois dit dur
- en fait pas forcément dur -, celui des feuillus.
Le bois tendre est souvent considéré comme
"nerveux", "mouvant". Il est déconseillé pour cette raison
par certains auteurs. Pourtant, sous forme assemblée, il est performant, nous
aurons l'occasion d'y revenir.
L'utilisation actuelle du bois comme support pour la peinture correspond
principalement à trois contextes :
* l'apprentissage, la réalisation de nombreux
tableaux (Isorel ®)
* le marouflage
* les travaux plastiques professionnels exploitant essentiellement
* les petites surfaces
* les très grandes surfaces décomposées en petites surfaces.
Pour des raisons de poids et parce que toiles et papiers se sont imposés,
les autres formats sont moins utilisés.
Quel bois ?

Traditionnellement, l'emploi de certaines espèces ont été recensés :
*
le chêne
*
le cèdre
* le tilleul
* le saule
* le châtaigner
* le hêtre
* le noyer
* le peuplier
* le pin
- assez proche, on nous signale aussi l'épicéa qui contiendrait moins de résines
* l'acajou, d'emploi plus récent, n'attire pas les vers à bois.
*
l'okoumé est également mentionné par Xavier de
Langlais comme support d'emploi récent utilisable
"à la rigueur". Ce sujet semble pouvoir prêter à polémique.
Précisons que l'okoumé, provenant d'Afrique équatoriale
occidentale est le principal constituant des bois assemblés modernes en
provenance de cette région, voire peut-être de certains agglomérés. Comme
l'acajou, l'okoumé résiste bien à différents insectes, mais pas aux
termites. Cependant, toutes les sources s'accordent à mentionner sa forte réactivité
à l'humidité.
Nous nous permettrons donc d'émettre tout à fait exceptionnellement une réserve vis-à-vis de l'affirmation
du Maître Xavier de Langlais, selon laquelle les agglomérés d'acajou et d'okoumé sont de
bons supports. Ils ne sont pas assemblés et leur agglutinant est en contact
direct avec l'extérieur. Un aggloméré réalisé avec de l'okoumé et une
mauvaise colle risque de réagir fortement à l'humidité et d'attirer une
population mycologique inopportune, sans
parler de la fragilité du support. Voir plus loin L'aggloméré.
Les conifères sont généralement peu appréciés. Xavier de Langlais
mentionne l'utilisation "dans le midi" du cèdre et du pin
"qui n'offraient pas cependant pour cet usage toutes les garanties !"
Pourtant, cette utilisation traditionnelle n'est pas tout à fait dénué de
fondement : le même auteur affirme que les panneaux de bois assemblés de
nature tendre (comme le pin notamment) "se déforment moins que les bois
durs sous l'action de l'humidité".
Quel que soit le bois, l'emploi de vermifuges n'est pas anodin et peut altérer la couche peinte, ce
qui fait l'intérêt de l'acajou.
La qualité des bois assemblés (c'est-à-dire la plupart des bois utilisés en peinture)
dépend beaucoup de celle des colles d'assemblage.
Un bois sous quelle forme
?
Le débit et l'assemblage permettent d'utiliser des supports de dimensions et
de propriétés variées :
le panneau massif
Il est malheureusement débité "sur dosse", c'est-à-dire dans le
sens de la longueur du tronc et sur sa largeur entière. Il se courbe en
vieillissant parce qu'il est composé de deux éléments qui s'altèrent de
manière différente :
* le cœur, déjà sec, ne change guère,
* l'aubier, réparti en deux masses, de part et d'autre du cœur, rétrécit en séchant.
Le phénomène est accentué lorsque le revers est exposé à l'air.
L'enduction du revers avec des produits contemporains efficaces tels que du
vinyle ou un vernis adapté, peut limiter les dégâts (voir contre-collage).
Le remède des anciens peintres était tranchant : éviter l'emploi de bois
débité sur dosse, lui préférer les coupes sur quartier dont il existe deux
types : la coupe sur quartier théorique et la coupe sur quartier pratique.
Sensiblement équivalentes au point de vue du peintre, elles sont plus
difficiles à réaliser que la coupe sur dosse et offrent un rendement
inférieur pour l'entrepreneur.
Xavier de Langlais mentionne une opération nécessaire pour toute surface
d'un mètre carré ou plus : le parquetage. Nécessitant des outils
spécifiques, nous n'avons pas souhaité nous étendre sur cette préparation
qui sera, de toute façon, réalisée par des spécialistes du bois.
Les peintres primitifs ont préféré au panneau massif des assemblages de lattes de bois comparables au latté contemporain. Dans l'ensemble, leurs travaux se sont bien conservés.
Il semble que les panneaux faits d'un seul bloc ne peuvent être employés
- aussi magnifiques soient-ils - pour les grandes tailles que moyennant des garanties de qualité exceptionnelle.
Les épaisseurs recommandées en fonction des dimensions ne peuvent être
indiquées car elles dépendent du bois choisi et de la coupe.
Le contreplaqué
A priori (car l'invention est récente et nous manquons de recul pour juger),
il serait un très bon support pour les tableaux de petite taille (60 cm au
maximum dans la plus grande dimension, avec un épaisseur avoisinant alors le
centimètre). Il suffit de l'enduire, au revers comme à l'avers, d'un
liant vinylique ou acrylique. Les enduits-colles à la caséine peuvent être
utilisés lorsque les dimensions, rapportées à l'épaisseur, suggèrent une
solidité suffisante. Ces produits n'étant pas très souples, le support doit être
très rigide. La colle de peau, elle, crée de
fortes tensions et ne peux être conseillée.
Le latté
C'est le seul support avéré correct pour les oeuvres de bonne taille.
Il s'apparente aux
assemblages anciens. L'apprêt d'encollage doit être disposé sur les
deux faces, comme pour le contreplaqué. Solide, il autorise l'emploi d'enduits-colles à la caséine. Il
faut cependant veiller à choisir des plaques présentant une épaisseur
raisonnablement en rapport avec la grandeur de la surface. En cas de doute sur
la rigidité du support, l'emploi d'un liant vinylique ou acrylique est
préférable.
L'aggloméré
Il est boudé par les peintres car empli de colles de compositions incontrôlables
qui sont directement en contact avec l'extérieur. De plus, il est difficile à préparer et
fragile.
Certains agglomérés, le Copopan ® et l'Isopan ® semblent cependant présenter
des propriétés intéressantes selon Xavier de
Langlais. Une source flamande au demeurant intéressante mentionne
également ces produits : http://users.pandora.be/werner.de.wree1/1%20olieverf.htm.
Après une courte enquête, si le Copopan ® semble identifié comme un
agglomérat de copeaux présentant probablement une qualité hors norme, l'Isopan
® semble un mystère. Ce terme désigne en effet des plaques d'aluminium
thermo-isolantes, des produits de réparation pour carrosseries automobiles à
base de fibre de verre, etc., mais nous n'avons pas su identifier la moindre
substance de ce nom ressemblant à du bois !
Toute information à ce sujet sera
bienvenue.
L'Isorel
®
Lire l'article du glossaire
C'est une planche fine (environ 5 mm, souvent moins) fabriqué par projection de bois
pulvérulent et de colle - théoriquement de la colle
de poisson. Elle peut être découpée à façon. Elle a une face totalement
lisse et une autre très rugueuse.
La face lisse peut être des avantages pour certains travaux, par rapport à la toile. La plupart des anciens maîtres, qui recherchaient une surface la plus
lisse possible, auraient apprécié ce support. Les
peintres utilisant le verso rugueux sont cependant assez nombreux aujourd'hui.
Il faut signaler l'intérêt de ce support pour l'apprentissage de la
peinture : c'est un bois peu coûteux présentant, on l'a vu, deux grains
différents, que l'on peut se procurer à la découpe ou sous forme de chutes
dans n'importe quel magasin de bricolage. Il se prête parfaitement aux tests
picturaux.
Voir
absolument Préparation de l'Isorel ®.
Le "médium" MDF
C'est une variante récente d'agglomérat bois-colle. Le "Medium Density
Fiberboard" (panneau de fibres de moyenne densité) est réalisé à partir
d'essences diverses - y compris résineuses - réduites en poudre et traitées à la
vapeur avant d'être encollés à l'aide d'une colle synthétique (polyuréthane ?),
ce qui n'est guère original. Plus remarquable est le fait qu'il peut être
ignifugé ou hydrofugé "dans la masse", lors de la fabrication. Par ailleurs il
se déformerait peu, ne se fendrait pas et n'éclaterait pas (informations non
confirmées).
Les plaques, épaisses de quelques millimètres à quelques centimètres pour des
dimensions conséquentes (plusieurs mètres), peuvent être couvertes - en usine -
d'une couche de mélamine, d'un film
PVC, de papier ou de vernis divers.
Non recouvertes, elles pourraient être assemblées (plaquées) à l'aide de
colles vinyliques ou "UF" (urée-formol).
On a peu d'informations concernant l'enduction. Une précision cependant : les
faces usinées (sciées) sont plus poreuse et doivent normalement être enduites de
l'une des colles mentionnées ci-dessus.
En principe, ce support a vocation décorative.
Il peut tout à fait être peint directement ou laqué mais on n'a guère
d'informations sur le long terme ni sur la qualité de l'accrochage de certaines
peintures sur ce support.
Notons enfin que le « médium » engendrerait plus de poussières au sciage qu'un
bois "classique". Ces poussières contiendraient - c'est bien normal - des
résidus dégradés de colle, dont entre autres du monoxyde de carbone, des oxydes
d'azote et de soufre et de l'aldéhyde formique
(source :
strategis.ic.gc.ca). Selon la même source, "La qualité du MDF et la
fiabilité de ses propriétés ont réalisé des progrès considérables au cours des
10 dernières années" (texte de 2006), ce qui signifie que ce support n'a
très probablement pas encore atteint une formulation et un traitement
"définitifs". Très séduisant à plusieurs points de vue, il ne constitue pas
encore une solution éprouvée pour des travaux artistiques et/ou de valeur
destinés à résister à l'épreuve du temps. Mais c'est une technologie
déjà utilisable dans certains domaines et à surveiller de près de toute façon.
Conclusion
La "solution juxtaposition/assemblage" a été retenue par différents maîtres, y compris au XXème
siècle. Lesdites plaques peuvent elles-mêmes être des assemblages
(contre-plaqué, latté).
Autre paramètre important quoique plus intuitif : quelle que soit la forme ou la variété végétale, une pièce faite d'un bois
trop frais, trop résineux, est difficilement exploitable en tant que support en
raison des risques d'exsudation. C'est peut-être le point le plus important lors
du choix du bois.
L'encollage et la préparation du bois, à part quelques exceptions, sont
essentiels. Un article entier lui est consacré.
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