Navigation thèmes

Pigments, couleurs

Perception

Substrats, supports

Liants et procédés

Procédés de dessin

Sculpture

Outils

Produits auxiliaires

Concepts phys-chim

Concepts techniques

 

Google

Web   Dotapea

ArtRéalité Pourpre

Réseau ArtRéalité 

 

Voir le portail 

Qui sommes-
nous ?
 

 

 

 

 

 

 

 

Navig. page/section

Préc./Prec.
Sup./Above

_____

 

Sous cette page

Les bleus outremers

_____

 

Pages soeurs

Les bleus chauds
Les bleus moyens et froids

_____

 

 

Copyright © www.dotapea.com

Tous droits réservés.

 

Les bleus moyens et froids

 

English text

 

 

L'Occident et une partie de l'Orient ainsi que du reste du monde ne disposèrent longtemps pour peindre que de trois bleus moyens : l'azurite (tout de même assez chaude), la guède (pour les miniatures et la teinture) et le lapis-lazuli, un produit coûteux. C'est en effet souvent la difficulté d'extraction et l'éloignement, donc les prix, qui ont rendu les rares bleus froids d'antan inaccessibles aux artistes. L'introduction tardive du cobalt mais surtout de l'outremer, excellent pigment de prix modéré, a depuis modifié profondément les palettes.

Comme toujours, les teintures ont connu un passé parallèle où l'indigo et la guède eurent une importance durable et considérable.

 

Le bleu de cobalt et le smalt

Ils sont tous deux fort coûteux.

Sommaire

Les bleus outremer (article séparé)

Le bleu de cobalt et le smalt

Le cas particulier du bleu caeruleum

Le lapis-lazuli véritable dit aussi outremer véritable

- introduction

- l'antique mine afhane

- broyage

L'indigo, les indigos

- Isatis (pastel, guède)

- Indigofera

- Indican

- Indanthrène

- Thio-indigo

- Mélanges contenant de l'indigo

Le bleu indien

Autres bleus froid

En introduction, on dira d'abord que si l'oxyde de cobalt est le principe colorant des deux pigments, l'un, l'antique smalt (voir ci-dessous), est siliceux (enserré dans du verre), l'autre, le bleu de cobalt, est alumineux.

 

Le bleu de cobalt

Composition typique : oxyde de cobalt + oxyde d'aluminium. On le nomme aussi, à tort paraît-il, aluminate de cobalt.

Concernant les synthèses ultérieures et actuelles, on décrit plusieurs procédés mais ils sont tous associés à une calcination (1300°C environ). Le principe semble en effet toujours d'enserrer du cobalt oxydé dans une masse d'alumine.

Le cobalt oxydé étant l'un des plus puissants siccatif pour la peinture à l'huile, le rapport quantitatif entre masse alumineuse et cobalt est déterminant. Dans l'ensemble, on considère cette couleur comme effectivement siccative au sens propre. Le contact entre l'oxyde de cobalt et l'huile crée des "différentiels" de siccativation, provoquant craquelures, plissements et autres accidents. Une solution possible - parmi d'autres - à ce problème consiste à appliquer la pâte huile/cobalt entre deux couches de glacis isolant en respectant pour chaque couche un temps de siccativation particulièrement "prudent".

Le bleu de cobalt est plutôt franc. Il est généralement moins violacé que l'outremer bien que sa couleur, associée à la proportion cobalt/alumine, ne soit pas une référence bien fixée. François Pérégo décrit cependant une caractéristique bien spécifique : "il absorbe totalement du vert-jaune au rouge moyen", ce qui peut expliquer cet "aspect franc" reconnaissable.

Certains auteurs le décrivent comme peu couvrant, d'autres le trouvent opaque, mais la composition du pigment pourrait jouer un rôle dans ces différences d'appréciation. En fait, le procédé de fabrication nécessite un savoir-faire déterminant grandement sa qualité.

Précisément, certains cobalts peuvent sembler un peu "pauvres", voire ternes, à tout le moins sans grand intérêt. Comme l'écrit non sans euphémisme Xavier de Langlais, "(...) il acquiert de la distinction dans les mélanges avec le blanc" - à noter que le bleu céruleum est lui-même un cobalt rehaussé le plus souvent au blanc d'étain. Selon le même auteur, il pourrait contracter une variante de la "maladie de l'outremer" dans les mêmes conditions que ce pigment.

 

Comme dans le cas du bleu outremer, la synthèse de cette couleur a fait l'objet d'un concours organisé par la Société d'Encouragement pour l'Industrie Nationale : il fallait un bleu autorisant davantage d'emplois que le smalt. C'est Thénard, en 1802, qui le remporta.

La distribution élargie d'imitations du bleu de cobalt (typiquement une combinaison d'aluminosilicate de sodium type outremer, d'oxyde de zinc et de phtalocyanine de cuivre) ne correspond pas à un problème de toxicité mais en premier lieu à la nécessité de proposer un produit de couleur sensiblement équivalente à plus faible coût.

Il est de toute façon peu recommandé de se procurer un bleu de cobalt authentique s'il n'est pas de qualité réellement supérieure car il n'apportera rien de majeur par rapport aux imitations alors qu'il coûtera vraiment beaucoup plus cher et sera plus difficile d'emploi si le procédé utilisé est la peinture à l'huile.

Le mot cobalt proviendrait de kobold ou de termes germaniques proches
désignant de mauvais génies miniers accusés de substituer ce minéral à
celui recherché par les mineurs (l'argent selon certains, le cuivre selon d'autres).
Autre explication : la présence de cobalt serait associée à celle d'arsenic et
ce sont les vapeurs de celui-ci, lors de calcinations minières, qui seraient
à l'origine de cette appellation.

 

Le smalt ou smalte

Synthèse à base de cobalt et de silice (à distinguer du bleu de cobalt, voir ci-dessus).

Les auteurs évoquent un relatif succès de cette couleur au XVème ou au XVIème siècle. On peut dire, d'une certaine manière, qu'il revêt deux formes à cette époque :

* c'est un oxyde pour la verrerie et les glaçures à base de phosphate ou de chlorure de cobalt

* c'est un pigment pour la peinture, créé sur la même base : on produisait un verre teinté avec cet oxyde, après quoi on le broyait. Au XVIIème siècle, l'aspect "miroitant" du smalt était exploité en peinture décorative pour orner les métaux. Aujourd'hui, cet aspect est totalement absent de la plupart des variétés produites à cause d'un broyage devenu beaucoup trop fin, trop parfait, lui conférant une grande banalité.

Cependant cette "vogue du smalt" occidentale relativement récente ne doit pas faire oublier des fabrications beaucoup plus anciennes. Les emplois dans les arts du feu sont très anciens (on mentionne la Babylone du XVIIème siècle BC, l'Égypte du XVIème BC, etc.) et la réduction en poudre pigmentaire semble plus récente (à partir du XIème siècle AC en Asie, dit-on).

Ce pigment était (et demeure) très coûteux et d'un emploi malaisé. Sa permanence est mise en doute par certains auteurs. Dans le domaine de la peinture, l'une des argumentations est la suivante : le smalt serait produit avec du verre potassique et non sodique (les raisons demeurent obscures et l'information n'est pas confirmée), donc le potassium inclus dans le verre pourrait saponifier des corps gras tels qu'une huile à peindre, une cire ou de l'oeuf. Quant au domaine des arts du feu, le même potassium aurait tendance à se dissoudre en présence d'eau ou d'acide. Là aussi, l'information n'est absolument pas confirmée et si vous disposez d'informations précises, n'hésitez pas à nous contacter.

La teinte du smalt n'est pas particulièrement plus froide que celle du lapis lazuli, contrairement à ce que certains auteurs affirment. D'autres auteurs lui attribuent une couleur plus terne que celle du bleu de cobalt mais on ne reprendra pas ces propos tant les processus de fabrication sont variables et déterminants dans un cas comme dans l'autre. Il existe de beaux smalts, certains cobalts sont un peu banals et vice versa. De plus, les couleurs ternes ne sont pas forcément sans intérêt.

Le terme smalt signifie émail en francique.

 

Le cas particulier du bleu caeruleum

Souvent considéré comme bleu chaud, sa composition comme sa couleur l'apparentent pourtant bien plus à un bleu moyen que par exemple le bleu de manganèse.

Pourtant, tenant compte de l'usage (très discutable) qui veut qu'il soit employé à la manière d'un cyan primaire, nous l'avons classé parmi les bleus chauds. Cliquer ici pour atteindre le texte qui lui est consacré.

 

Le lapis-lazuli, dit outremer véritable

Étymologie :  du latin médiéval, signifiant "pierre d'azur"

Introduction

Il est encore plus cher que le bleu de cobalt, ce qui explique le succès d'une imitation - ou plutôt d'une synthèse - devenue célèbre (l'outremer contemporain, qui fait l'objet d'un article séparé). Il s'agit typiquement d'un thiosulfate de silicate d'aluminium, de sodium et de calcium : (Na,Ca) Al, Si,O et SO, soit une formule très sensiblement identique - à quelques variations près, voir Les outremers, famille de pigments - à la célèbre synthèse de Jean-Baptiste Guimet, un aluminosilicate de sodium polysulfuré. Seule la présence ou l'absence de calcium ou d'autres éléments et surtout la quantité de soufre diffèrent, et c'est d'ailleurs, semble-t-il, en faisant varier cette teneur en soufre que l'industrie aurait pu créer plusieurs type d'outremers.

Revenons à notre lapis. D'après Anne Varichon, "On lui donne le nom d'oltramarino (venu d'au-delà des mers) par opposition à l'azurite, désignée jadis comme azzuro citramarino (bleu venu de ce côté-ci de la mer)."

Il s'agit d'une pierre semi-précieuse (photo ci-contre, remerciements à Catherine Lisack). Elle fut extraite dès 6000 BC dit-on, à Kokcha, une haute vallée du Badakhshan, dans le Pamir afghan, à trois ou quatre cents kilomètres seulement des sources de l'Indus. Mais à différentes époques, d'autres gisements auraient été exploités en Perse et jusqu'en Chine et en Sibérie.

Dans le passé, le coût d'un acheminement difficile sur terre et sur mer s'ajoutait au difficile travail d'extraction. Le lapis lazuli était fastueux, plus coûteux que l'or, ce qui explique d'ailleurs sa présence dans les bijoux et masques funéraires des familles royales égyptiennes.

 

L'antique mine afghane

Elle est toujours en service. La réserve, aussi colossale que difficile à travailler, est à peu près inépuisable.
Les conditions d'exploitation sont toujours extrêmes à ce jour pour deux raisons :

* la région demeure l'une des plus dangereuses et inaccessibles au monde, tant parce qu'il s'agit d'une zone isolée de haute montagne qu'à cause d'une insécurité et d'une instabilité politique chroniques,

* la neige empêche tout accès en dehors d'une partie de l'été.

Un documentaire filmé lors d'une expédition à haut risque de Gary Bowersox (voir ci-dessous) montre quelques images d'une vénérable galerie qui, sur des centaines de mètres, porte les stigmates d'un travail rudimentaire. Les parois sont couvertes de suie car les impressionnantes veines de minerai sont mises à découvert par projection d'eau froide sur la paroi chauffée à l'aide d'une torche, ce qui provoque un éclatement de la roche.

Références G. Bowersox :

* Le trésor caché des pharaons (vidéo),
Gary Bowersox, réal. W. Knöpfler, Autriche 2001,
Media Program of the European Union

* Le site de G. Bowersox, gems-afghan.com (anglais)

La rareté du lapis lazuli sur notre planète n'est pas la seule raison de son coût, quels que soient l'emplacement de la mine et les difficultés d'acheminement : son extraction n'est guère rentable. Il faut, dit-on, traiter 100 kg de roche pour obtenir 3 kg de pigment (information non confirmée). Ce qui ne doit pas, de plus, faire oublier les nécessaires opérations de purification, anciennement effectuées à l'aide d'ammoniac notamment.

 

En Europe occidentale, le lapis-lazuli n'apparaît qu'au XIIème siècle AC via Byzance. Dans l'Antiquité, Pline ne le mentionne même pas. Par contre, l'Orient syro-anatolien l'emploie depuis le IXème BC pour le travail du verre. Puis, au Vème AC, des artistes le broient et s'en servent pour la première fois pour peindre, en Afghanistan (informations Anne Varichon).

L'Égypte ancienne le connaît aussi, mais l'utilise sous forme de pierre alors que sur le plan pigmentaire, elle en réalise une imitation (cf. bleu d'Egypte). Il est vrai que le lapis-lazuli est avant tout un superbe minéral que l'on n'a pas forcément envie d'employer comme pigment. On peut considérer le broyage de ce cristal comme une idée originale et audacieuse qui ne vient pas facilement à l'esprit. C'est donc une véritable découverte méthodologique majeure de la part des peintres afghans. De fait, le même procédé sera appliqué à la malachite, à l'azurite et à la turquoise en Asie centrale et occidentale notamment.

 

Le lapis-lazuli est réputé - et "seulement" réputé - stable dans tous les mélanges. Il contient du soufre et sa purification n'est pas une opération simple... autant de faits pouvant inciter à un peu de prudence sur ce point.

Aucun de nous ne l'a testé à ce jour et nous ne disposons d'aucun témoignage réellement intéressant. Pour nous écrire, cliquer ici.

 

Broyage

Jusqu'au XIIème siècle AC, le procédé de broyage n'autorisait qu'un grain assez irrégulier et plutôt grossier. L'invention d'un nouveau procédé de broyage ne fut peut-être pas une si bonne idée, c'est du moins ce qui nous semble à nous qui disposons aujourd'hui d'autres pigments bleus de la même catégorie, donc d'un choix. Le lapis pourrait avoir été beaucoup plus beau lorsqu'il émettait des rayons moins homogènes, plus cristallins. Cette question est essentielle de nos jours pour qui voudrait se procurer cette rare couleur. Elle se pose de la même manière en ce qui concerne la malachite, l'azurite et la turquoise, mais aussi le smalt.

L'utilisation qui en a été faite vers la fin de Moyen-âge peut d'ailleurs paraître décevante. Le lapis était vendu en pâte devenue homogène, mêlé de plâtre, de cires ou autres substances qui altéraient sa teinte. Ce n'était plus qu'un produit marchand dont la quantité étalée sur l'œuvre peinte était spécifiée par contrat (source Anne Varichon).

Tout témoignage d'utilisation du lapis-lazuli sera le bienvenu.

 

L'indigo, les indigos

Cette couleur dont le nom est devenu un enjeu commercial (il suffit de taper "indigo" sur un moteur de recherche pour s'en convaincre...) est assez particulière, un peu mystérieuse. Le moins que l'on puisse dire est qu'elle a une histoire chargée qui n'est d'ailleurs pas terminée. Elle est encore employée aujourd'hui en Union Indienne comme il y a au moins 2000 ans, mais il y a plus de 1000 ans, son simple nom excitait déjà les imaginations puisque l'on l'usurpait en occident déjà pour désigner une autre substance (voir ci-dessous).

Le terme d'indigo était déjà employé dans l'Antiquité romaine.

Soit dit sous toute réserve, cette substance tinctoriale aurait été réduite en poudre et utilisée par les peintres d'alors et ceux du Moyen-âge. Cette information n'est absolument pas confirmée. Au contraire, nous avons des raisons de penser qu'il y a confusion :

l'indigo médiéval (en fait sans doute antique) utilisé pour les miniatures n'est pas la teinture d'origine indienne : il était produit à partir des feuilles d'isatis tinctoria, dit la guède ou le pastel (lire l'article du glossaire au sujet de ce dernier mot aux multiples sens), une petite plante à fleurs jaunes. On laissait fermenter des boules de feuilles (cocagnes) réduites en pulpe à l'aide de moulins ou de procédés moins perfectionnés dans des temps plus anciens. Les feuilles fraîches permettraient d'obtenir un produit beaucoup plus coloré, mais dans les convois commerciaux elles ont d'innombrables fois eu le temps de sécher et de perdre leur qualité. Le procédé tinctorial (la "cuve" de guède) fait appel à un agent biologique, une bactérie nommée clostridium isatid.

Certains auteurs évoquent aussi une substance mystérieuse d'un bleu violacé tirée d'un tout aussi mystérieux "folium" ("la feuille", d'un arbre non précisé) qui serait référencé dans des manuscrits médiévaux. Le mystère et les confusions médiévales entourant les bleus violacés provient possiblement du statut inconvenant que l'église d'alors réservait au violet, couleur très proche (lire l'introduction de l'article Violets et mauves).

Mais la guède ne fut pas utilisée seulement au Moyen-âge et en Occident. Probablement originaire de l'Asie occidentale, elle aurait été introduite dans d'autres régions au néolithique. Elle aurait été connue dans une vaste zone allant de l'Europe du Nord à l'Égypte et à l'Inde dès le IIème millénaire BC (non confirmé).

En Égypte, ce sont les Romains qui lui auraient substitué l'indigo "indien". Si le pastel disparaît progressivement d'Orient, sa présence en Occident s'est installée durablement bien que cette couleur fut dénigrée, voire crainte par les Latins. Les légions romaines auraient tremblé de peur face aux combattants celtes ou germains qui enduisaient leur peau de teinture de guède. Curieusement, ce bleu aurait été réputé, dans le monde celto-germanique, capable de chasser certains animaux et certains esprits. Cela ressemble à une légende, mais quand on pense à l'importance attribuée à la couleur dans le combat militaire il y a moins de cent ans, la peur bleue des troupes de Rome devient plausible, d'autant plus que d'autres frayeurs chromatiques, en d'autres lieux, sont bien connues des historiens.

Bien plus tard, du XIIIème au XVème siècle, isatis tinctoria, devenu très en vogue grâce à l'instauration d'un nouveau procédé de teinture, fit la fortune de différentes contrées productrices en Europe (pensons par exemple au "Pays de cocagne", dans le Sud-ouest français). Initialement teinture terne et de petit teint dédaignée par les patriciens de la Rome antique, les progrès techniques lui avaient fait acquérir une certaine permanence.

Des indigos en provenance d'Amérique entrèrent ensuite en concurrence et provoquèrent un déclin progressif du pastel. 

La substance pigmentaire d'isatis tinctoria est en fait la même que celle que l'on trouve dans l'indigofera tinctoria (l'indigo) : c'est l'indican (voir ci-dessous).

Lecture conseillée :
Le bleu guède sur Pourpre.com

Voir aussi
L'argile turquoise des mayas

 

Le véritable indigo est théoriquement un bleu sombre et violacé voire rougeâtre extrait de la fécule des feuilles d’un arbrisseau, l’indigofera tinctoria (famille des légumineuses de type Papillonacées), originaire d'Asie tropicale et acclimatée par la suite sur le nouveau continent. Des variétés proches ont été utilisées dans les zones chaudes et irriguées du continent eurasien.

La teinte produite à partir de ces plantes est en fait variable étant donné le nombre de variétés végétales employées et la diversité des traitements. Il s'agit cependant presque toujours d'un bleu violacé, caractéristique de l'indican.

Certaines sources recommandent l'évitement radical de cette couleur pour la peinture à l'huile, pour des raisons que nous ignorons mais qui appellent enquête (toute information à ce sujet est bienvenue). C'est un fait : l'indigo véritable, encore utilisé comme teinture, ne l'a pas été - ou très exceptionnellement - en peinture, contrairement à la guède. La raison n'en est peut-être pas la chimie, les incompatibilités, mais la concentration des recherches sur le traitement chimique présentant le plus d'enjeux économiques à un instant de l'histoire. Il existe peut-être d'autres raisons, enracinées dans l'histoire des peuples indo-européens et de ceux qui les ont côtoyés, des Celtes aux Balinais, mais là n'est pas l'objet de notre propos.

L'Afrique occidentale présente aussi un rapport particulier avec l'indigo, dans sa mythologie et ses coutumes, comme en atteste notamment l'exemple bien connu des hommes bleus, les Touaregs.

Il est vrai par ailleurs que les hommes en bleu, qu'ils soient de l'Europe celtique, du Sahara ou de l'Indus, semblent avoir inspiré une grande peur chez leurs ennemis, quels qu'ils soient. Au fait, de quelle couleur sont habillés nos policiers ?

Lecture conseillée : L'indigo sur Pourpre.com

 

L'indican est l'élément chromatique fondamental de l'indigo, un glucoside typique, extrait de fécule (lire absolument l'article indican du glossaire). Il fut isolé par calcination en 1826 (Unverborden). Cette découverte aurait permit la synthèse de la mauvéine (voir disparition de l'orseille, anilines) et de différents autres colorants. Le premier indican synthétique fut réalisé en 1880 (Adolph Von Baeyer). Aujourd'hui, les procédés de synthèse se comptent par dizaines. Les implications économiques de la synthèse de l'indigo sont toujours très importantes. Elles s'évaluent intuitivement au nombre de blue-jeans portés par nos contemporains.

L'indican nécessite un certain traitement, certains adjuvants, pour être utilisé comme teinture car il est insoluble dans l'eau. La complexité des procédés traditionnels de teinture à l'indigo et surtout les différences de teintes obtenues peuvent partiellement s'expliquer de cette manière.

 

L'indican est présent non seulement dans les centaines de variétés d'indigotiers (dont l'indigofera tinctoria n'est qu'un représentant), mais aussi dans le pastel, seulement il se trouve en proportion vingt fois moindre dans ce dernier. Cela pourrait expliquer l'aspect réputé terne des teintures à la guède et l'aspect magnifique des teintures à l'indigo, en dehors de problèmes de séchage intempestif durant les transports. Si le progrès technique dans le traitement du pastel a pu multiplier par dix son pouvoir tinctorial, il ne faisait quand même pas le poids...

L'indican est toujours extrait dans certaines régions par fermentation de feuilles humectées. Les adjuvants, étant donné le nombre de cultures fabriquant des produits à l'indican et le nombre de plantes concernées, sont innombrables et de natures étonnamment différentes. La guède européenne, dès la période celtique, connaissait un adjuvant qui d'ailleurs lui aurait donné mauvaise réputation à Rome : l'urine humaine, encore utilisée paraît-il jusqu' au XXème siècle AC.

La substance tinctoriale change lors de la teinture. Elle passe d'un bleu chaud assez proche du bleu de Prusse à une couleur plus violacée.

Notons la grande similitude de la molécule qui constitue le principe colorant de la pourpre. Cliquer ici.

 

Le bleu d'indanthrène (C28H14N2O4, voir Les anthraquinones (famille)), pigment azoté très colorant et semi-opaque, a pratiquement supplanté l'indigo et le pastel dans le domaine de la peinture du moins sans lui ressembler véritablement car il n'est pas aussi violacé : plusieurs versions tirent sur le vert. Mais comme on l'a dit, l'indigo peut présenter des teintes assez variables en fonction de la substance utilisée comme base et du traitement infligé.

La question de la compatibilité chimique avec l'huile ne se pose plus avec cette substance, présente dans certaines gammes de peinture à l'huile. L'indanthrène bleu semble par contre déconseillé pour la peinture à fresque (information fabricants).

 

Le thio-indigo est une autre synthèse, ou plutôt un groupe, une famille de molécules synthétiques. Son point commun avec les indigos semble restreint à une ressemblance structurelle à l'échelle moléculaire avec l'indican (comparer le schéma ci-contre avec le descriptif de l'indican ci-dessus). Chaque groupement N-H de l'indican est remplacé par un atome de soufre.

La ressemblance ne va pas plus loin, semble-t-il. Les thio-indigos que nous avons observés ou identifiés sont d'un rouge froid, mais nous n'avons certainement pas fini d'explorer tous les membres de cette famille.

 

Mélanges contenant de l'indigo

Certaines teintes, comme le violet de Bayeux et le gris argentin sont connues pour avoir contenu un bleu indigo. Il s'agissait, selon toute vraisemblance, de l'indigo occidental, le pastel.

Mentionnons enfin une imitation d'indigo possiblement fugace car à base de bleu d'aniline.

Voir aussi indophénol.

 

Le bleu indien

Son origine nous est inconnue (merci de nous donner toute information à ce sujet). On pourrait supputer qu'il s'agit de l'indigo, mais ce serait oublier que l'Inde connaît aussi le pastel et l'azurite depuis longtemps.

Dans les gammes de peintures, il est composé de bleu d'indanthrène.

 

Autres bleus froids

Mentionnons un bleu végétal d'utilisation médiévale fabriqué à partir du tournesol. Il aurait produit différents bleus et violets. Chose très possible car si nos informations sont bonnes, c'est la même substance qui teinte le fameux papier tournesol, réactif changeant de couleur en fonction de l'acidité des produits testés.

Le bleu de France, dit aussi bleu royal ou bleu rex est un mélange dont la composition typique est : 3 pb28 pw4 pw6 (voir nomenclatures pigmentaires). Il s'agit d'une variété de bleu de cobalt additionnée de blancs.

Lecture conseillée : Le bleu de France sur Pourpre.com

Le bleu Klein (IKB ®) ressemble à une sorte d'outremer. Sa composition n'est publique. Elle est l'objet d'un dépôt international. Selon la légende (et vraisemblablement), le directeur de magasin Édouard Adam, aujourd'hui retiré mais toujours bien connu de nombreux artistes parisiens, aurait contribué à cette création.

Lecture conseillée : Le bleu Klein sur Pourpre.com

 

Le bleu Majorelle est évoqué dans l'article consacré aux bleus outremer. Cliquer ici

 

 

Retour début de page 

 

Communication