Les
bleus moyens et froids
English
text

En introduction, on dira d'abord que si l'oxyde de cobalt est le principe
colorant des deux pigments, l'un, l'antique smalt (voir
ci-dessous), est siliceux (enserré dans du verre), l'autre, le bleu de
cobalt, est alumineux.
Le bleu de cobalt
Composition typique : oxyde de cobalt + oxyde d'aluminium. On le nomme
aussi, à tort paraît-il, aluminate de
cobalt.
Concernant les
synthèses ultérieures et actuelles, on décrit plusieurs procédés mais ils sont
tous associés à une calcination (1300°C environ). Le principe semble en effet
toujours d'enserrer du cobalt oxydé dans une masse
d'alumine.
Le cobalt oxydé étant l'un des plus puissants
siccatif pour la peinture à l'huile, le rapport quantitatif entre masse
alumineuse et cobalt est déterminant. Dans l'ensemble, on considère cette
couleur comme effectivement siccative au sens
propre. Le contact entre l'oxyde de cobalt et l'huile crée des
"différentiels" de siccativation, provoquant craquelures, plissements
et autres accidents. Une solution possible - parmi d'autres - à ce problème consiste à
appliquer la pâte huile/cobalt entre deux couches de glacis isolant en
respectant pour chaque couche un temps de
siccativation particulièrement "prudent".

Le bleu de cobalt est plutôt franc. Il est généralement moins violacé que
l'outremer bien que sa couleur, associée à la proportion cobalt/alumine, ne
soit pas une référence bien fixée. François Pérégo
décrit cependant une caractéristique bien spécifique : "il absorbe totalement
du vert-jaune au rouge moyen", ce qui peut expliquer cet "aspect franc"
reconnaissable.
Certains auteurs le décrivent comme peu couvrant, d'autres le trouvent opaque,
mais la composition du pigment pourrait jouer un rôle dans ces différences
d'appréciation. En fait, le procédé de fabrication nécessite un
savoir-faire déterminant grandement sa qualité.
Précisément, certains cobalts peuvent sembler un peu "pauvres", voire ternes,
à tout le moins sans grand intérêt. Comme l'écrit
non sans euphémisme Xavier de Langlais, "(...) il acquiert de la distinction dans les mélanges avec
le blanc" - à noter que le bleu
céruleum est lui-même un cobalt rehaussé le plus souvent au
blanc d'étain. Selon le même auteur, il pourrait
contracter une variante de la "maladie
de l'outremer" dans les mêmes conditions que ce pigment.
Comme dans le cas du bleu
outremer, la synthèse de cette couleur a fait l'objet d'un concours
organisé par la Société d'Encouragement pour l'Industrie Nationale : il
fallait un bleu autorisant davantage d'emplois que le smalt.
C'est Thénard, en 1802, qui le remporta.
La distribution élargie d'imitations du bleu de cobalt (typiquement une
combinaison d'aluminosilicate de sodium type outremer, d'oxyde de zinc et de phtalocyanine de
cuivre) ne correspond pas à un problème de toxicité mais en premier lieu à
la nécessité de proposer un produit de couleur sensiblement équivalente à plus faible coût.
Il est de toute façon peu recommandé de se procurer un bleu de cobalt
authentique s'il n'est pas de qualité réellement supérieure car il
n'apportera rien de majeur par rapport aux imitations alors qu'il coûtera
vraiment
beaucoup plus cher et sera plus difficile d'emploi si le procédé utilisé est la
peinture à l'huile.
Le mot cobalt proviendrait de kobold ou de termes
germaniques proches
désignant de mauvais génies miniers accusés de substituer ce minéral à
celui recherché par les mineurs (l'argent selon certains, le cuivre selon
d'autres).
Autre explication : la présence de cobalt serait associée à celle d'arsenic et
ce sont les vapeurs de celui-ci, lors de calcinations minières, qui seraient
à l'origine de cette appellation.
Le smalt
ou smalte
Synthèse à base de cobalt et de silice (à distinguer du bleu de cobalt,
voir ci-dessus).
Les auteurs évoquent un relatif succès de cette couleur au XVème
ou au XVIème siècle. On peut dire, d'une certaine manière, qu'il
revêt deux formes à cette époque :
* c'est un oxyde pour la verrerie et les glaçures à base de
phosphate ou de chlorure de cobalt
* c'est un pigment pour la peinture, créé sur la même base : on produisait un
verre teinté avec cet oxyde, après quoi on le broyait. Au XVIIème siècle,
l'aspect "miroitant" du smalt était exploité en peinture décorative pour
orner les métaux. Aujourd'hui, cet aspect est totalement absent de la plupart
des variétés produites à cause d'un broyage devenu beaucoup trop
fin, trop parfait, lui conférant une grande banalité.
Cependant cette "vogue du smalt" occidentale relativement récente ne doit pas
faire oublier des fabrications beaucoup plus anciennes. Les emplois dans les
arts du feu sont très anciens (on mentionne la Babylone du XVIIème
siècle BC, l'Égypte du XVIème BC, etc.) et la réduction en poudre
pigmentaire semble plus récente (à partir du XIème siècle AC en Asie,
dit-on).
Ce pigment était (et demeure) très coûteux et d'un
emploi malaisé. Sa permanence est mise en doute par certains auteurs. Dans le
domaine de la peinture, l'une des argumentations est la suivante : le smalt
serait produit avec du verre potassique et non
sodique (les raisons demeurent obscures et l'information
n'est pas confirmée), donc le potassium inclus dans le verre pourrait
saponifier des
corps gras tels qu'une huile à peindre, une cire ou de l'oeuf. Quant au
domaine des arts du feu, le même potassium aurait tendance à se dissoudre en
présence d'eau ou d'acide. Là aussi, l'information n'est absolument pas
confirmée et si vous disposez d'informations précises, n'hésitez pas à
nous contacter.
La teinte du smalt n'est pas particulièrement plus froide que celle du lapis
lazuli, contrairement à ce que certains auteurs affirment. D'autres auteurs lui
attribuent une couleur plus terne que celle du bleu de cobalt mais on ne
reprendra pas ces propos tant les processus de fabrication sont variables et
déterminants dans un cas comme dans l'autre. Il existe de beaux smalts, certains
cobalts sont un peu banals et vice versa. De plus, les couleurs ternes ne sont
pas forcément sans intérêt.
Le terme smalt signifie émail
en francique.
Le
cas particulier du bleu caeruleum
Souvent considéré comme bleu chaud, sa composition comme sa couleur
l'apparentent pourtant bien plus à un bleu moyen que par exemple le bleu de
manganèse.
Pourtant, tenant compte de l'usage (très discutable) qui veut qu'il soit employé à la
manière d'un cyan primaire, nous l'avons classé parmi les bleus chauds. Cliquer
ici pour atteindre le texte qui lui est consacré.
Le lapis-lazuli, dit outremer véritable
Étymologie : du latin médiéval,
signifiant "pierre d'azur"
Introduction
Il est encore plus cher que le bleu de cobalt, ce qui explique le succès d'une imitation
- ou plutôt d'une synthèse - devenue célèbre (l'outremer
contemporain,
qui fait
l'objet d'un article séparé).
Il s'agit typiquement d'un thiosulfate de silicate d'aluminium, de sodium et de calcium : (Na,Ca) Al, Si,O et SO,
soit une formule très sensiblement identique - à quelques variations près, voir
Les outremers, famille de pigments - à la
célèbre synthèse de Jean-Baptiste Guimet, un aluminosilicate de sodium
polysulfuré. Seule la présence ou l'absence de calcium ou d'autres éléments et
surtout la quantité de soufre diffèrent, et c'est d'ailleurs, semble-t-il, en
faisant varier cette teneur en soufre que l'industrie aurait pu créer plusieurs
type d'outremers.
Revenons à notre lapis. D'après Anne Varichon,
"On lui donne le nom d'oltramarino
(venu d'au-delà des mers) par opposition à l'azurite,
désignée jadis comme azzuro citramarino
(bleu venu de ce côté-ci de la mer)."

Il s'agit d'une pierre semi-précieuse (photo ci-contre, remerciements à Catherine Lisack).
Elle fut extraite dès 6000 BC dit-on, à Kokcha, une haute vallée du Badakhshan,
dans le Pamir afghan, à trois ou quatre cents kilomètres seulement des sources de
l'Indus. Mais à différentes époques, d'autres gisements auraient été exploités en Perse et jusqu'en Chine et en
Sibérie.
Dans le passé, le coût d'un acheminement difficile sur terre et sur mer
s'ajoutait au difficile travail d'extraction. Le lapis lazuli était fastueux,
plus coûteux que l'or, ce qui explique d'ailleurs sa présence dans les bijoux et
masques funéraires des familles royales égyptiennes.
L'antique mine afghane
Elle est toujours en service. La réserve, aussi colossale que difficile à
travailler, est à peu près inépuisable.
Les conditions d'exploitation sont toujours extrêmes à ce jour pour deux
raisons :
* la région demeure l'une des plus dangereuses
et inaccessibles au monde, tant parce qu'il s'agit d'une
zone isolée de haute montagne qu'à cause d'une insécurité et d'une
instabilité politique chroniques,
* la neige empêche tout accès en dehors d'une
partie de l'été.
Un documentaire filmé lors d'une expédition à haut risque de Gary Bowersox
(voir ci-dessous) montre quelques images d'une vénérable galerie qui,
sur des centaines de mètres, porte les stigmates d'un travail rudimentaire.
Les parois sont couvertes de suie car les impressionnantes veines de minerai
sont mises à découvert par projection d'eau froide sur la paroi chauffée à
l'aide d'une torche, ce qui provoque un éclatement de la roche.
Références G.
Bowersox :
* Le trésor
caché des pharaons (vidéo),
Gary Bowersox, réal. W. Knöpfler, Autriche 2001,
Media Program of the European Union
* Le
site de G. Bowersox,
gems-afghan.com
(anglais)
La rareté du lapis lazuli sur notre planète n'est pas la seule raison de son coût,
quels que soient l'emplacement de la mine et les difficultés d'acheminement : son extraction
n'est guère rentable. Il faut, dit-on, traiter 100 kg de roche pour obtenir 3 kg
de pigment (information non confirmée).
Ce qui ne doit pas, de plus, faire oublier les nécessaires opérations de
purification, anciennement effectuées à l'aide
d'ammoniac notamment.
En Europe occidentale, le lapis-lazuli n'apparaît qu'au XIIème
siècle AC via Byzance.
Dans l'Antiquité, Pline ne le mentionne même pas. Par contre, l'Orient
syro-anatolien l'emploie depuis le IXème BC pour le travail du
verre. Puis, au Vème AC, des artistes le broient et s'en servent pour la première
fois pour peindre, en Afghanistan (informations
Anne Varichon).
L'Égypte ancienne le connaît aussi, mais l'utilise sous forme de
pierre alors que sur le plan pigmentaire, elle en réalise une imitation (cf. bleu
d'Egypte). Il est vrai que le lapis-lazuli est avant tout
un superbe minéral que l'on n'a pas forcément envie d'employer comme pigment.
On peut considérer le broyage de ce cristal comme une idée originale et
audacieuse qui ne vient pas facilement à l'esprit. C'est donc une véritable
découverte méthodologique majeure de la part des peintres afghans.
De fait, le
même procédé sera appliqué à la malachite,
à
l'azurite et à la
turquoise en Asie centrale et
occidentale notamment.
Le lapis-lazuli est réputé - et "seulement"
réputé - stable dans tous les mélanges. Il contient du soufre et sa
purification n'est pas une opération simple... autant de faits pouvant inciter à
un peu de prudence sur ce point.
Aucun de nous ne l'a testé à ce jour et nous ne disposons
d'aucun témoignage réellement intéressant. Pour nous écrire, cliquer ici.
Broyage
Jusqu'au XIIème siècle AC, le procédé de broyage n'autorisait
qu'un grain assez irrégulier et plutôt grossier. L'invention d'un nouveau
procédé de broyage ne fut peut-être pas une si bonne idée, c'est du moins ce
qui nous semble à nous qui disposons aujourd'hui d'autres pigments bleus de la
même catégorie, donc d'un choix. Le lapis pourrait avoir
été beaucoup plus beau lorsqu'il émettait des rayons moins homogènes, plus
cristallins. Cette question est essentielle de nos jours pour qui voudrait se
procurer cette rare couleur. Elle se pose de la même manière en ce qui
concerne la malachite, l'azurite
et la turquoise, mais aussi le
smalt.
L'utilisation qui en a été faite vers la fin de Moyen-âge peut d'ailleurs
paraître décevante. Le lapis était vendu en pâte devenue homogène, mêlé
de plâtre, de cires ou autres substances qui altéraient sa teinte. Ce n'était
plus qu'un produit marchand dont la quantité étalée sur l'œuvre peinte
était spécifiée par contrat (source Anne
Varichon).
Tout témoignage
d'utilisation du lapis-lazuli sera le bienvenu.
L'indigo,
les indigos
Cette couleur dont le nom est devenu un enjeu commercial (il suffit de taper
"indigo" sur un moteur de recherche pour s'en convaincre...) est assez particulière, un peu
mystérieuse. Le moins que l'on puisse dire est qu'elle a une histoire chargée qui n'est
d'ailleurs pas terminée. Elle est encore employée aujourd'hui en Union Indienne comme il y a au moins
2000 ans, mais il y a plus de 1000 ans, son simple nom excitait déjà les
imaginations puisque l'on l'usurpait en occident déjà pour désigner une autre
substance (voir ci-dessous).
Le terme d'indigo était déjà employé dans l'Antiquité romaine.
Soit dit sous toute réserve, cette substance tinctoriale aurait été réduite en
poudre et utilisée par les peintres d'alors et ceux du Moyen-âge. Cette
information n'est absolument pas confirmée. Au contraire, nous avons des
raisons de penser qu'il y a confusion :
l'indigo médiéval
(en fait sans doute antique) utilisé pour les
miniatures n'est pas la teinture d'origine indienne : il était produit à
partir des feuilles d'isatis tinctoria, dit la guède
ou le pastel (lire l'article du glossaire
au sujet de ce dernier mot aux multiples sens), une petite plante à fleurs
jaunes. On laissait fermenter des boules de feuilles (cocagnes) réduites en
pulpe à l'aide de moulins ou de procédés moins perfectionnés dans des temps
plus anciens. Les feuilles fraîches permettraient d'obtenir un produit beaucoup
plus coloré, mais dans les convois commerciaux elles ont d'innombrables fois eu
le temps de sécher et de perdre leur qualité. Le procédé tinctorial (la "cuve"
de guède) fait appel à un agent biologique, une bactérie nommée clostridium
isatid.
Certains auteurs évoquent aussi une substance
mystérieuse d'un bleu violacé tirée d'un tout aussi mystérieux "folium"
("la feuille", d'un arbre non précisé) qui serait référencé dans des manuscrits médiévaux. Le mystère
et les confusions médiévales entourant les bleus violacés provient possiblement du statut inconvenant
que l'église d'alors réservait au violet, couleur très proche (lire
l'introduction
de l'article Violets et mauves).
Mais la guède ne fut pas utilisée
seulement au Moyen-âge et
en Occident. Probablement originaire de l'Asie occidentale, elle aurait été
introduite dans d'autres régions au néolithique. Elle aurait été connue dans
une vaste zone allant de l'Europe du Nord à l'Égypte et à l'Inde dès le IIème
millénaire BC (non confirmé).
En Égypte, ce sont les Romains qui lui
auraient substitué l'indigo "indien". Si le
pastel disparaît progressivement d'Orient, sa présence en Occident s'est
installée durablement bien que cette couleur fut dénigrée, voire crainte par les Latins. Les légions romaines auraient
tremblé de peur face aux combattants celtes ou germains qui enduisaient leur peau de
teinture de guède. Curieusement, ce bleu aurait été réputé, dans le monde
celto-germanique, capable de chasser certains animaux et certains esprits. Cela ressemble à une légende, mais quand on pense à
l'importance attribuée à la couleur dans le combat militaire il y a moins de cent ans,
la peur bleue des troupes de Rome devient plausible, d'autant plus que d'autres
frayeurs chromatiques, en d'autres lieux, sont bien connues des historiens.
Bien plus tard, du XIIIème au XVème
siècle, isatis tinctoria, devenu très en vogue grâce à l'instauration
d'un nouveau procédé de teinture, fit la fortune de différentes contrées
productrices en Europe (pensons par exemple au "Pays de cocagne", dans le
Sud-ouest français). Initialement teinture terne et de petit teint
dédaignée par les patriciens de la Rome antique, les progrès techniques lui
avaient fait acquérir une certaine permanence.
Des indigos en provenance d'Amérique entrèrent ensuite
en concurrence et provoquèrent un déclin progressif du pastel.
La substance pigmentaire d'isatis tinctoria
est en fait la même que celle que l'on trouve dans l'indigofera tinctoria
(l'indigo) : c'est l'indican
(voir ci-dessous).
Lecture conseillée :
Le
bleu guède sur Pourpre.com
Voir
aussi
L'argile turquoise des mayas
Le véritable indigo
est
théoriquement un bleu sombre et violacé voire
rougeâtre extrait de la fécule des feuilles d’un arbrisseau, l’indigofera
tinctoria (famille des légumineuses de type Papillonacées), originaire d'Asie
tropicale et acclimatée par la suite sur le nouveau continent. Des variétés
proches ont été utilisées dans les zones chaudes et irriguées du continent
eurasien.
La teinte produite à partir de ces plantes est en fait
variable étant donné le nombre de variétés végétales employées et la
diversité des traitements. Il s'agit cependant presque toujours d'un bleu
violacé, caractéristique de l'indican.
Certaines sources recommandent l'évitement radical de cette
couleur pour la peinture à l'huile, pour des raisons que nous ignorons mais qui
appellent enquête (toute information à ce sujet est bienvenue).
C'est un fait : l'indigo véritable, encore utilisé comme teinture, ne l'a
pas été - ou très exceptionnellement - en peinture, contrairement à la
guède. La raison n'en est peut-être pas la chimie, les incompatibilités, mais
la concentration des recherches sur le traitement chimique présentant le plus
d'enjeux économiques à un instant de l'histoire. Il existe peut-être d'autres
raisons, enracinées dans l'histoire des peuples indo-européens et de ceux qui
les ont côtoyés, des Celtes aux Balinais, mais là n'est pas l'objet de
notre propos.
L'Afrique occidentale présente aussi un rapport particulier avec l'indigo,
dans sa mythologie et ses coutumes, comme en atteste notamment l'exemple bien
connu des hommes bleus, les Touaregs.
Il est vrai par ailleurs que les hommes en
bleu, qu'ils soient de l'Europe celtique, du Sahara ou de l'Indus, semblent
avoir inspiré une grande peur chez leurs ennemis, quels qu'ils soient. Au fait,
de quelle couleur sont habillés nos policiers ?
Lecture conseillée :
L'indigo sur Pourpre.com
L'indican est l'élément chromatique fondamental de l'indigo, un glucoside typique, extrait de
fécule (lire absolument l'article indican du glossaire). Il fut
isolé par calcination en 1826 (Unverborden). Cette découverte aurait permit la
synthèse de la mauvéine (voir disparition
de l'orseille, anilines) et de différents autres colorants.
Le premier indican synthétique fut réalisé en 1880 (Adolph Von Baeyer).
Aujourd'hui, les procédés de synthèse se comptent par dizaines. Les
implications économiques de la synthèse de l'indigo sont toujours très
importantes. Elles s'évaluent intuitivement au nombre de blue-jeans portés par
nos contemporains.
L'indican nécessite un certain traitement, certains adjuvants, pour être
utilisé comme teinture car il est insoluble dans l'eau. La complexité des
procédés traditionnels de teinture à l'indigo et surtout les différences de
teintes obtenues peuvent partiellement s'expliquer de cette manière.

L'indican est présent non seulement dans
les centaines de variétés
d'indigotiers (dont l'indigofera
tinctoria n'est qu'un représentant), mais aussi dans le
pastel, seulement il se trouve en proportion
vingt fois moindre dans ce dernier. Cela pourrait expliquer l'aspect réputé
terne des teintures à la guède et l'aspect magnifique des teintures à
l'indigo, en dehors de problèmes de séchage intempestif durant les transports.
Si le progrès technique dans le traitement du pastel a pu multiplier par dix
son pouvoir tinctorial, il ne faisait quand même pas le poids...
L'indican est toujours extrait dans certaines régions par fermentation de
feuilles humectées. Les adjuvants, étant donné le
nombre de cultures fabriquant des produits à l'indican et le nombre de plantes
concernées, sont innombrables et de natures étonnamment différentes.
La
guède européenne, dès la période celtique, connaissait un adjuvant qui
d'ailleurs lui aurait donné mauvaise réputation à Rome : l'urine humaine, encore
utilisée paraît-il jusqu' au XXème siècle AC.
La substance tinctoriale change lors de la teinture. Elle passe d'un bleu
chaud assez proche du bleu de Prusse
à une couleur plus violacée.
Notons la grande similitude de la molécule qui constitue le principe colorant
de la pourpre. Cliquer ici.

Le bleu
d'indanthrène
(C28H14N2O4, voir Les
anthraquinones (famille)), pigment azoté très colorant et semi-opaque, a
pratiquement supplanté l'indigo et le pastel dans le domaine de la peinture du moins sans
lui ressembler véritablement car il n'est pas aussi violacé : plusieurs
versions tirent sur le vert. Mais comme on l'a dit, l'indigo peut présenter des
teintes assez variables en fonction de la substance utilisée comme base et du
traitement infligé.
La question de la compatibilité chimique avec l'huile ne se pose
plus avec cette substance, présente dans certaines gammes de peinture à
l'huile. L'indanthrène bleu semble par contre déconseillé pour la peinture à
fresque (information fabricants).

Le thio-indigo
est une autre synthèse, ou plutôt un groupe, une famille de molécules
synthétiques. Son point commun avec les indigos semble restreint à une
ressemblance structurelle à l'échelle moléculaire avec l'indican (comparer le
schéma ci-contre avec le descriptif de l'indican ci-dessus).
Chaque groupement N-H de l'indican est remplacé par un atome de soufre.
La ressemblance ne va pas plus loin, semble-t-il. Les thio-indigos que nous
avons observés ou identifiés sont d'un rouge froid, mais nous n'avons
certainement pas fini d'explorer tous les membres de cette famille.
Mélanges
contenant de l'indigo
Certaines teintes, comme le violet de Bayeux et le gris argentin sont
connues
pour avoir contenu un bleu indigo. Il s'agissait, selon toute vraisemblance, de
l'indigo occidental, le pastel.
Mentionnons enfin une imitation d'indigo possiblement fugace car à base de
bleu d'aniline.
Voir aussi indophénol.
Le bleu indien
Son origine nous est inconnue (merci de nous
donner toute information à ce sujet). On pourrait supputer qu'il s'agit de
l'indigo, mais ce serait oublier que l'Inde connaît aussi
le pastel et
l'azurite
depuis longtemps.
Dans les gammes de peintures, il est composé de bleu d'indanthrène.
Autres
bleus froids
Mentionnons un bleu végétal d'utilisation médiévale fabriqué à partir
du tournesol. Il aurait produit différents bleus et violets.
Chose très possible car si nos informations sont bonnes, c'est la même substance
qui teinte le fameux papier tournesol,
réactif changeant de couleur en fonction de l'acidité des produits testés.
Le bleu de France, dit aussi bleu royal ou bleu rex est un mélange dont la
composition typique est : 3 pb28 pw4 pw6
(voir nomenclatures pigmentaires). Il s'agit
d'une variété de bleu de cobalt additionnée
de blancs.
Lecture conseillée :
Le
bleu de France sur Pourpre.com
Le bleu Klein (IKB ®) ressemble à une sorte d'outremer.
Sa composition n'est publique. Elle est l'objet d'un
dépôt international. Selon la légende (et vraisemblablement), le directeur de
magasin Édouard Adam, aujourd'hui retiré mais toujours bien connu de nombreux
artistes parisiens, aurait contribué à cette création.
Lecture conseillée :
Le
bleu Klein sur Pourpre.com
Le bleu Majorelle est évoqué dans l'article
consacré aux bleus outremer. Cliquer ici
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